Aphorisme du jour

- Tout homme devrait être assez intelligent pour se rendre compte qu'il ne l'est pas assez, ou ne pas être sot au point de ne pouvoir imaginer combien il l’est.

vendredi 27 mai 2016

Pourquoi les idéologies ne meurent-elles jamais ?


Quelques lignes en réaction au dernier hors série (mai 2016) d'une revue de vulgarisation scientifique, consacré aux grandes idées politiques, et plus particulièrement au premier de ses articles, dont le titre est ici repris en changeant sa forme, d'affirmative en interrogative.

L'idéologie est à la politique ce que la foi est à la religion, l'une et l'autre se caractérisant – du moins pour l'agnostique et l'authentique libre penseur– par la suprématie de l'imaginaire sur le réel.
Il revient probablement aux religions, ou plus précisément à ce qui en a tenu lieu jusqu'à ce qu'elles s'édifient en tant que telles, d'avoir été les premières à élaborer et exprimer ce rêve, pour répondre à l'angoisse existentielle de l'homme. C'est par elles que la majorité de l'humanité puise dans la spiritualité son sens de l'immortalité et l'espérance d'une vie meilleure dans l'au-delà, en compensation des aléas de la vie ici-bas.
Parallèlement, avec toutefois un retard dû à la prise de conscience de leurs inégalités sociales par les hommes, sont apparues les idéologies politiques, dont les principales se ramènent de nos jours aux termes de notre devise nationale. Le second rêve de l'homme était ainsi né, conforté et mis au service de l'amélioration de sa condition temporelle.
Ces deux rêves conditionnent – spécialement en France – autant la politique que la religion, dans le refus du réel au profit de l'imaginaire. Non pas que ceux qui y sont attachés ignorent les dures réalités d'une condition humaine qui est leur raison d'être, mais parce qu'entraînés par leur idéalisme ils considèrent cette condition dans ses effets en négligeant ses causes. Et le rêve politique, en dépit du fait qu'il lui soit arrivé de tourner au cauchemar, se manifeste encore pour attribuer aux luttes sociales des mérites qu'elles n'ont pas toujours eus, loin s'en faut. Bien des avancées sont attribuées à la lutte des classes alors qu'elles ont été, plus simplement, les fruits du progrès. La preuve en est dans des revendications fondamentales inchangées depuis la nuit des temps et des pauvres en nombre toujours plus élevé, parmi lesquels la pauvreté profonde ne cesse de se développer.
Quoi qu'il en soit, s'en tenant aux 3 grands idéaux qu'énonce notre devise nationale, auxquels pourrait être ajoutée la "compassion" pour que s'y reconnaissent comme par malice autant le laïc que le religieux, l'un et l'autre oublient :
  • 1° Que tout idéal se définit comme « n'ayant qu'une existence intellectuelle, sans être ou sans pouvoir être perçu par les sens ; qui a les caractères de l'idée. Synonymes : abstrait, idéel, théorique »1. et qu'en conséquence politique et religions sont livrées à leurs idéaux au détriment de la praxis. Attitude plus ou moins partagée par toutes les tendances politiques, qu'elles soient de droite ou de gauche, cette dernière allant toutefois jusqu'à prétendre vouloir « réenchanter le rêve français (ou républicain)»2.
  • 2° - La structure incontournablement pyramidale de la société des hommes, au demeurant conforme à la vision religieuse de l'univers.
  • 3° - La dimension atteinte par le fait démographique ; quand la population mondiale augmente chaque jour de 280 000 individus, alors qu'elle a déjà largement sursaturé la capacité de la planète de subvenir à ses besoins et qu'elle est en voie de consommer près de deux fois ses ressources (cf. empreinte écologique)
  • 4° - Que « ... tout être humain est, avant toute autre activité ou toute autre opinion, un consommateur »3 ou plus trivialement : que nous sommes objectivement chair à canon, à boulot et à impôts. Chaque être humain est devenu, envers et contre tout, une "UPC" (unité de consommation-production). Nous sommes loin de l'humanisme qui s'accordait avec le propos de Jean Bodin, selon lequel « Il n'est de richesse que d'homme », contredisant Voltaire pour qui « La nature se soucie bien peu des individus »
  • 5° - que si le rêve favorise le débat à l'infini – pour la prospérité de la polémique et le bonheur des utopistes – les meilleures intentions s'y perdent et il interdit la véritable gouvernance, spécialement lorsqu'elle devrait faire preuve de pragmatisme.
En résumé, les idéologies ne meurent jamais, parce qu'elles sont des rêves et que le rêve est par nature intemporel.

Pendant ce temps-là, progrès, richesse et population progressent dans la démesure, avec pour première conséquence un accroissement incessant des inégalités sociales que religions autant que politiques prétendent combattre.


1 Trésor de la langue française (CNRS)
2 Dixit François Hollande
3 Gaston Bouthoul in Traité de sociologie II, Payot éditeur.


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                                                                                  Source : Démographie responsable

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