Aphorisme du jour

Tout homme devrait être assez intelligent pour mesurer combien il ne l'est pas assez.

lundi 25 février 2013

De la confession à l'oubli

« L'abjuration des erreurs est facile ; ce qui l'est moins, c'est leur réparation effective. Heureusement, l'église a le privilège de digérer le bien mal acquis, et en rentrant dans le giron de cette bonne mère, je garderai le mien. » Talleyrand

Les religions et en particulier la religion chrétienne portent la responsabilité de l'état de culpabilité dans lequel vit l'humanité.

Il n'y a pas loin de l'absolution à l'amnistie et la rémission des péchés conduit naturellement à celle des fautes puis à la dilution des culpabilités, d'où la disparition progressive du sens des responsabilités et du devoir. L'oubli, l'ingratitude et la roublardise de celui qui a bénéficié de l'absolution ont tôt fait d'ériger en droits les abus pour lesquels le pardon lui a été accordé. Rien ne s'oppose plus alors à ce qu'il en commette de nouveaux, avec de moins en moins de retenue.

C'est l'état de droit sans devoirs, sans contrepartie autre que de façade.

Confession, contrition, repentance, absolution, amnistie ; cheminement que l'homme a tracé à ses fautes pour les faire tomber dans l'oubli et s'accorder ainsi à lui-même le pardon purificateur. Il a négligé que ce faisant, s'il soignait son ego, il y perdait du même ses chances de vivre en bonne intelligence avec ses semblables. Naufrage de la conscience collective dans l'océan tempêtueux des particularismes.

L'homme s'est-il inventé des Dieux par peur de l'inconnu, ou plus simplement par peur de ce qu'il pouvait lui arriver de connaître de pire, c'est à dire lui-même ? Toujours est-il qu'en retour, ses Dieux lui ont dispensé, à travers leurs églises et leurs ministres, la confession d'abord et l'absolution ensuite.
L'homme était ainsi libéré de lui même. Il avait trouvé le meilleur moyen d'absoudre ses pires agissements : passés, présents et à venir.
Qu'il ait ensuite catégorisé, classifié, ses fautes ; inventé un niveau collectif de confession et la repentance, ne change rien à l'affaire.

Comme tout pouvoir, l'église a dû et doit encore diriger ses sujets. Sans tomber dans un anticléricalisme primaire, qu'il soit permis de constater qu'elle le fait en grande partie grâce à l'un de ses sacrements : celui de confession, suivi de l'absolution. Ses fondateurs et plus encore leurs continuateurs ont agi à ce propos avec une habileté qui n'a d'égal que leur ruse : sinon Inventer le péché du moins le désigner, pour se donner le pouvoir de l'absoudre. Mais combien de fidèles le sont désormais parce qu'ils savent trouver dans leur religion le pardon de leurs fautes.Il est peu d’individus qui après leur mort ne soient parés de tant de qualités qu’elles en font oublier leurs défauts pourtant parfois plus nombreux et plus grands encore. Que ces qualités aient été réelles ou non, l’oubli de leurs fautes équivaut à une rémission implicite, comme si les vivants n’avaient qu’une hâte, oublier les défauts dont a été chargé le disparu. C’est probablement une manière de s’absoudre de ses propres fautes, présentes, passées et à venir. Mais comment, dans ces conditions, s’étonner que l’humanité n’ait pas fait davantage de progrès sur la voie de son amélioration, depuis qu’elle raisonne ?

L’âme de tout disparu peut avoir droit au repos, mais il ne faut pas confondre âme et souvenir et surtout, il ne faut pas, sous prétexte de respecter ce repos, méconnaître ou passer par pertes et profits l’influence des mauvaises actions d’un individus, sous prétexte qu’il n’est plus.


Exemple de confession salutaire : “Je supporte de moins en moins ceux qui se montrent contents d’eux-mêmes (et je me supporte moi-même de moins en moins dans cet état, auquel il m'arrive bien entendu de succomber). Non pas qu’à la manière du moine dressé sur sa borne, j’aille jusqu’à imaginer et prêcher un non droit au bonheur, contrepartie de la rédemption, mais nous avons tellement à nous reprocher, au quotidien comme dans la somme de nos actes, individuels comme collectifs !”

Tous coupables


Et l'œil ne cesse pas, du plus profond de l'ombre,
D'accuser de Caïn les descendants sans nombre,
Qui dans leur vanité vont perpétuant le geste
Qui leur valut pourtant un destin si funeste.

Depuis lors, asservie, l'entière humanité
Traîne comme un boulet sa culpabilité ;
Chargée de son passé, accablée de remords
Lancinant à jamais et son âme et son corps,

Elle croît sous le poids de la faute commise
Prétendant, arrogante, à la terre promise ;
À l’Eden qu’elle s’octroie par une absolution
Pétrie d'hypocrisie, de fausse contrition.

L'homme est sans se lasser, le bourreau de son frère.
Il commet chaque jour le vol et l'adultère,
Ignore le malheur dès lors qu’il frappe l’autre.
Égoïste et cupide, il joue le bon apôtre.

Il aggrave son sort sous le poids de la chaîne
Qui le cloue dans la boue, le condamne à la peine
De se considérer, tout comme ses enfants,
Pour toujours condamné aux pires des tourments.

A jamais entravé, soumis à la passion
Sous laquelle il gémit sans espoir de pardon.
Il n’attend de ses dieux plus que leur abandon
S'il arrive parfois qu'il espère en lui-même.