Aphorisme du jour

- Tout homme devrait être assez intelligent pour se rendre compte qu'il ne l'est pas assez, ou ne pas être sot au point de ne pouvoir imaginer combien il l’est.

samedi 28 mai 2016

Astro et Méta ... physique

Astro et Méta ... physique


La théorie dorénavant établie scientifiquement, selon laquelle la vie sur Terre doit une partie de son développement à des cellules y ayant été apportées par des astéroïdes depuis les profondeurs de l'espace sidéral, interpelle. Et elle interpelle autant l'agnostique que le croyant et l'athée, que les uns et les autres soient darwinistes ou non. Sont en effet ainsi attribuées à la diversité comme au foisonnement de la vie sur notre planète, des causes allant bien au-delà d'une simple filiation à partir du singe ou d'une motte de glaise pétrie par Dieu. Des faits vérifiables sont ainsi offerts à notre sagacité, avec pour première conséquence la remise en cause de bon nombre de ces mystères et dogmes, tant scientifiques que religieux, qui dominent la question de nos origines.


Plutôt que des réponses fondées sur des révélations et intuitions qui ne font qu'entretenir le doute, des faits sont désormais soumis à nos facultés d'analyse et de compréhension. La science peut désormais opposer à de saints mystères l'étude pragmatique d'une réalité concrète. Plutôt que de subir un renvoi perpétuel de ses interrogations aux archives d'un temps et d'un espace derrière lesquels se dissimule la Vérité, l'homme en est dorénavant plus près qu'il ne l'a jamais été, qu'elle doive démasquer un Grand Horloger créateur de lui-même, la génération spontanée de notre Univers ou tout autre phénomène.


Quoi qu'il en soit, et sans prétendre pénétrer des secrets accessibles aux seuls scientifiques compétents, le simple curieux est confronté à diverses suggestions et questions attendant des réponses de la part de plus qualifié que lui :


- La planète Terre évoluant dans l'espace interstellaire depuis sa constitution, il est fort probable que tout ce qui y est né depuis qu'elle a été habitable, il y a 4 milliards d'années environ, soit né de cellules comparables à celles que nous découvrons à notre époque.


- Si ces cellules ont pu aboutir sur la Terre, ou ailleurs, et continuent de le faire au terme de leur voyage intergalactique, n'est-ce pas la preuve qu'il existe, ou pour le moins a existé, un ailleurs comparable à notre planète ?
Sans compter que véhiculées jusqu'à la Terre par des astéroïdes, météorites et autres poussières cosmiques, elles ont pu, peuvent et pourront se poser sur d'autres planètes gravitant dans l'espace, pour y produire la vie lorsque les conditions y sont, y ont été ou y seront aussi favorables que sur Terre.


- Compter de manière plausible l'âge de l'univers et des corps qui y gravitent en milliards d'années, a depuis longtemps relégué au rang de fable les quelques millénaires suffisants aux religions comme aux darwinisme pour dater la naissance de notre espèce. Dans la même mesure, l'origine de l'humanité ne peut-elle pas résulter de phénomènes autres qu'une création voulue et orchestrée par un "grand architecte" ? Sachant qu'il suffit aux défenseurs de cette hypothèse – dont ils ont fait une certitude, leur superstition et leur crédulité aidant – de déplacer leur curseur.sur l'échelle du temps pour maintenir leur Vérité.


- La filiation de toutes les espèces, existantes, disparues ou à naître encore à partir de ces lointains ancêtres que furent et demeurent des cellules mêlées aux poussières de météorites, ne pourrait-elle pas expliquer la diversité des espèces peuplant notre planète, leur apparition, ainsi que leur intégration au milieu terrestre, autrement que par l'évolution selon Darwin,? Ces étapes ayant pu se situer à des époques parfois fort éloignées les unes des autres, la diversité et la répartition des espèces terrestres pourraient en effet, au moins partiellement, s'expliquer par la chronologie de l'arrivée sur Terre de ces germes de vie au cours de milliers de millénaires ; par leur dissémination au hasard de leurs lieux d'atterrissage ; par la diversité des innombrables planètes dont elles peuvent provenir. C'est ainsi qu'il devient concevable que la différenciation de bien des espèces, voire des races, ait pu résulter d'origines et d'époques d'intégration au milieu terrestre propres à chacune. Nous serions alors assez éloignés de la théorie selon laquelle tous les hommes descendraient d'ancêtres eux-mêmes issus du singe, que ce soit en Afrique le long du grand rift, ou ailleurs.


Sans aller jusqu'à l'ésotérisme exubérant de croyances instrumentalisant les sciences, ni jusqu'à méconnaître les incertitudes et approximations dont sont entourées les plus récentes découvertes de l'astrophysique, nous est ainsi suggérée une histoire de la vie sur Terre, sensiblement différente de celle généralement admise.

Toutefois, quelles que soient les convictions religieuses ou athées des uns et des autres, la question de savoir si un créateur tel que les croyants l'imaginent est à l'origine de la vie sur Terre, et ailleurs, demeure entière probablement encore pour quelque temps.

vendredi 27 mai 2016

Pourquoi les idéologies ne meurent-elles jamais ?


Quelques lignes en réaction au dernier hors série (mai 2016) d'une revue de vulgarisation scientifique, consacré aux grandes idées politiques, et plus particulièrement au premier de ses articles, dont le titre est ici repris en changeant sa forme, d'affirmative en interrogative.

L'idéologie est à la politique ce que la foi est à la religion, l'une et l'autre se caractérisant – du moins pour l'agnostique et l'authentique libre penseur– par la suprématie de l'imaginaire sur le réel.
Il revient probablement aux religions, ou plus précisément à ce qui en a tenu lieu jusqu'à ce qu'elles s'édifient en tant que telles, d'avoir été les premières à élaborer et exprimer ce rêve, pour répondre à l'angoisse existentielle de l'homme. C'est par elles que la majorité de l'humanité puise dans la spiritualité son sens de l'immortalité et l'espérance d'une vie meilleure dans l'au-delà, en compensation des aléas de la vie ici-bas.
Parallèlement, avec toutefois un retard dû à la prise de conscience de leurs inégalités sociales par les hommes, sont apparues les idéologies politiques, dont les principales se ramènent de nos jours aux termes de notre devise nationale. Le second rêve de l'homme était ainsi né, conforté et mis au service de l'amélioration de sa condition temporelle.
Ces deux rêves conditionnent – spécialement en France – autant la politique que la religion, dans le refus du réel au profit de l'imaginaire. Non pas que ceux qui y sont attachés ignorent les dures réalités d'une condition humaine qui est leur raison d'être, mais parce qu'entraînés par leur idéalisme ils considèrent cette condition dans ses effets en négligeant ses causes. Et le rêve politique, en dépit du fait qu'il lui soit arrivé de tourner au cauchemar, se manifeste encore pour attribuer aux luttes sociales des mérites qu'elles n'ont pas toujours eus, loin s'en faut. Bien des avancées sont attribuées à la lutte des classes alors qu'elles ont été, plus simplement, les fruits du progrès. La preuve en est dans des revendications fondamentales inchangées depuis la nuit des temps et des pauvres en nombre toujours plus élevé, parmi lesquels la pauvreté profonde ne cesse de se développer.
Quoi qu'il en soit, s'en tenant aux 3 grands idéaux qu'énonce notre devise nationale, auxquels pourrait être ajoutée la "compassion" pour que s'y reconnaissent comme par malice autant le laïc que le religieux, l'un et l'autre oublient :
  • 1° Que tout idéal se définit comme « n'ayant qu'une existence intellectuelle, sans être ou sans pouvoir être perçu par les sens ; qui a les caractères de l'idée. Synonymes : abstrait, idéel, théorique »1. et qu'en conséquence politique et religions sont livrées à leurs idéaux au détriment de la praxis. Attitude plus ou moins partagée par toutes les tendances politiques, qu'elles soient de droite ou de gauche, cette dernière allant toutefois jusqu'à prétendre vouloir « réenchanter le rêve français (ou républicain)»2.
  • 2° - La structure incontournablement pyramidale de la société des hommes, au demeurant conforme à la vision religieuse de l'univers.
  • 3° - La dimension atteinte par le fait démographique ; quand la population mondiale augmente chaque jour de 280 000 individus, alors qu'elle a déjà largement sursaturé la capacité de la planète de subvenir à ses besoins et qu'elle est en voie de consommer près de deux fois ses ressources (cf. empreinte écologique)
  • 4° - Que « ... tout être humain est, avant toute autre activité ou toute autre opinion, un consommateur »3 ou plus trivialement : que nous sommes objectivement chair à canon, à boulot et à impôts. Chaque être humain est devenu, envers et contre tout, une "UPC" (unité de consommation-production). Nous sommes loin de l'humanisme qui s'accordait avec le propos de Jean Bodin, selon lequel « Il n'est de richesse que d'homme », contredisant Voltaire pour qui « La nature se soucie bien peu des individus »
  • 5° - que si le rêve favorise le débat à l'infini – pour la prospérité de la polémique et le bonheur des utopistes – les meilleures intentions s'y perdent et il interdit la véritable gouvernance, spécialement lorsqu'elle devrait faire preuve de pragmatisme.
En résumé, les idéologies ne meurent jamais, parce qu'elles sont des rêves et que le rêve est par nature intemporel.

Pendant ce temps-là, progrès, richesse et population progressent dans la démesure, avec pour première conséquence un accroissement incessant des inégalités sociales que religions autant que politiques prétendent combattre.


1 Trésor de la langue française (CNRS)
2 Dixit François Hollande
3 Gaston Bouthoul in Traité de sociologie II, Payot éditeur.


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                                                                                  Source : Démographie responsable

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mercredi 11 novembre 2015

Des effets pervers des réseaux sur la discussion

Propos empruntés à Abraham Maslow ("Être humain", p.80 – Eyrolles).

« Il me semble remarquable que des êtres humains limités puissent se mettre au service de grandes causes sans être eux-mêmes de grands hommes. La science est une technique, sociale et institutionnalisée, où même des gens intelligents peuvent s'avérer inutiles au développement de la connaissance. Un scientifique, dès lors qu'il se laisse voguer dans les méandres de l'histoire en s'appuyant sur la cohorte de ses prédécesseurs, s'intègre à un tel point au sein d'une gigantesque équipe de baskett-ball, d'un immense rassemblement de gens, que ses propres idées peuvent passer inaperçues. Il devient digne de révérence, digne du plus grand respect, par sa [seule] participation à une immense et vénérable entreprise. Ainsi je me mets à appréhender toute éventuelle découverte comme le produit d'une institution sociale, d'une collaboration. Ce que l'un ne découvre pas aujourd'hui, un autre le trouvera un jour ou l'autre. Il me semble ainsi que nos scientifiques, même s'ils ont créé, ne constituent pas le meilleur échantillon pour étudier la théorie de la créativité. »

Mais cela va plus loin et contamine l'ensemble de la société. Les membres de la communauté scientifique ne sont pas les seuls en cause ; toutes les communautés sont concernées par la remarque d'Abraham Maslow, à commencer par celles que nous désignons sous le nom de réseaux, tels qu'ils se manifestent notamment sur le Web.

Plutôt qu'un espace de liberté d'opinion à laquelle il prétend, Internet est en effet trop souvent l'endroit où se rencontrent ceux qui ne recherchent qu'une approbation suffisant à les conforter dans l'idée qu'ils ont raison.

Ils ignorent qu'aucun débat digne de ce nom ne fait obligation à ceux qui y participent d'aboutir à un accord et encore moins à la vérité ou à ce que quiconque ait raison. Plus raisonnablement, il doit viser à enrichir les uns des opinions des autres et réciproquement. Et son utilité est d'autant plus grande que ces opinions divergent, voire s'opposent. Libre à celui qui refuse ce type de confrontation de ne pas s'y livrer. Ou de ne pas la poursuivre quand il s'y est engagé.


De la discussion jaillit la lumière dit l'adage. Il est bon de rappeler à ceux qui confondent lumière et vérité, qu'elle est bien avant cela simple éclairage.

samedi 8 février 2014

Toujours à propos de "COMPTE à REBOURS", de Alan Weisman

L'article qui suit est issu du blog : http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com



L'intérêt suscité par mon article publié par plusieurs média en ligne sous le titre :
"À lire ABSOLUMENT - COMPTE À REBOURS, de Alan Weisman",
m'engage à partager avec ceux qu'intéressent les question de développement, de démographie et d'environnement, un certain nombre de citations et d'extraits tirés de ce livre, dans l'espoir qu'ils leur donneront l'envie de le lire en entier.
Je précise qu'il ne s'agit pas uniquement de lignes émanant de l'auteur, mais aussi bien de propos tenus par divers personnages qu'il lui a été donné d'interviewer.



Citations

- C'est Dieu qui engendre les enfants. Et il leur trouve une place à tous ...
- Dieu a créé ce problème [la surpopulation] et Il lui apportera une solution.
- Dieu ne dit pas : « Soyez féconds et multipliez-vous à l'infini ou autant que vous pouvez ... ». Il dit : « Soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la Terre ».
- En 2020 tous les Israéliens boiront de l'eau d’égout recyclée, mais il n'y en aura peut-être pas pour tout le monde.
- Dans l'histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s'effondrer.
- Ce sont essentiellement les pays pauvres qui contribuent à l'accroissement de la population.
- Le moteur de l'agriculture n'est pas la volonté de nourrir l'humanité, mais le profit.
- Les progrès de la production alimentaire ont pour conséquence que la Terre abrite plus d'affamés que jamais.
- ... chacun de nous est en compétition avec tout être vivant de la planète pour se nourrir et s'assurer un espace vital.
- Dans le Coran, le Prophète conseille aux parents de ne pas faire plus d'enfants qu'ils n'ont les moyens d'en élever.
- Si nous voulons un monde plus riche, nous devons faire baisser les chiffres de la population. Les deux choses vont ensemble.
- Soit tout le monde, en moyenne, consomme moins, soit nous avons moins de consommateurs.
- La transition vers [un monde]à la population réduite impliquera, au moins pendant un temps, une proportion très élevée de gens âgés.
- La vie moderne requiert une planification moderne.
- à propos du préservatif : No Glove, No Love. (Pas de capote, pas d'amour). In Rubber We Trust. (Nous avons foi en la capote). Weapons of Mass Protection. (Armes de protection massive).
- ... il n'y a pas un seul problème sur la Terre qui ne serait moins grave si nous étions moins nombreux.
- Chacun a le souvenir d'un monde qui était meilleur. Moins peuplé. Plus agréable. Où l'on se sentait plus libre.



Extraits

- Comme aimait à dire Yasser Arafat : La meilleure arme de l'Organisation de libération de la Palestine, c'est l'utérus des Palestiniennes.
- Les haredim sont encore minoritaire en Israël, mais ils s'acharnent à changer cet état de fait. Et leur tactique est simple : ils procréent. Les familles ultra-orthodoxes comptent en moyenne près de sept enfants ; les fratries de dix ou plus ne sont pas rares ... un quotidien de Jerusalem cite un haredi qui se vante d'avoir 450 descendants.
- Rio 1992 - Sommet de la Terre -
Invoquant le caractère sacré de la vie humaine, le Vatican affirma que les pauvres étaient les victimes et non les responsables de la dégradation de l'environnement.... L’Église eut aussi une influence considérable sur les négociations préliminaires et réussit à faire supprimer l'expression planification familiales et le mot contraception des ébauches de la déclaration commune ... Le Saint-Siège n'a pas cherché à éliminer les questions relatives à la population ; il a simplement tenté d'en améliorer la formulation, déclara le Vatican lorsqu'il eut obtenu satisfaction.
Pour les multinationales qui étaient les principaux sponsors du Sommet, l'accroissement des populations était synonymes à la fois de main d'œuvre peu coûteuse et de marchés toujours plus vastes.
- La population optimale ne signifie pas le nombre maximal d'individus susceptibles d'être entassés dans les différents pays comme des poulets en batterie, mais le nombre d'humains qui peuvent mener en même temps une vie confortable, agréable, et sans compromettre les chances des générations futures de connaître le même sort. Dans cette optique, chaque membre de cette population optimale doit avoir au minimum la garantie d'être nourri, logé, scolarisé, soigné, de ne souffrir d'aucun préjugé, racial, ou autre, et de gagner sa vie.
Il ne s'agi[ssai]t pas là de mettre fin aux inégalités, les forces économiques qui les produisent sont trop puissantes, [de même que] l'égoïsme et le nombrilisme propres aux humains
- Il est impératif que les émissions de carbone des riches diminuent radicalement. mais si l'on veut voir s'instaurer un semblant d'égalité, les pauvres émettront quant à eux davantage de carbone. Et plus nous serons nombreux, plus ce chiffre sera élevé.
- [Au Pakistan] e taux de chômage, à deux chiffres, croît avec la population. ... Une nation remplie de jeunes gens en colère n'est pas une nation stable, et une nation déstabilisée où trop de citoyens manquent d'eau et sont entraînés dans le chaos est une source d'inquiétude pour toute la planète.
- En 1947 [Karachi] comptait moins d'un demi-million d'habitants. Ce chiffre a été multiplié par 42 : ils sont aujourd'hui [en 2013] 21 millions.
- L'étalon de mesure de presque toutes les économies a toujours été celui de la croissance. Les exceptions – les communautés coopératives ou les sociétés qui pratiquent le potlatch [Cérémonie, pratiquée notamment par les tribus indigènes d'Amérique du Nord, au cours de laquelle des clans ou des chefs de clans rivalisent de prodigalité, soit en détruisant des objets, soit en faisant des dons au rival qui est contraint à son tour à donner davantage (ATILF). Par extension : Système de dons / contre-dons dans le cadre d'échanges non marchands (Wikipedia)] – ont peut-être beaucoup à nous apprendre, mais elles sont si rares qu'elles semblent confirmer la règle. Pour jauger l'état de santé de l'économie, les medias regardent si l'immobilier a grimpé ou chuté. Peu importe que chaque nouvelle maison amplifie le mouvement d'étalement urbain, supprime un morceau supplémentaire de l'environnement naturel et exige des ressources considérables pour être raccordée aux différents réseaux urbains – eau potable, égouts, électricité, routes, etc. Peu importe car cette maison [désirée par celui qui la fait construire ou l'achète] représente un profit pour les promoteurs et les agents immobiliers, ainsi que du travail pour les menuisiers, les maçons, les plombiers, les électriciens, les peintres, les poseurs de parquet, les jardiniers, les terrassiers et les marchands de meubles. Sans compter les emplois que son entretien contribuera à maintenir.
Mais que se passe-t-il, alors, si nous sommes moins nombreux et avons besoin de moins de maisons, de moins de biens ? Comment s'opère la transition vers une société de plus petite taille, avec moins de consommateurs chaque année – et moins de travailleurs, aussi, qui remplissent les coffres des services sociaux, nécessaires pour faire vivre et soigner les gens âgés, improductifs, de cette société contractée ?
Qu'arrive-t-il ensuite, si nous parvenons bel et bien à un nombre optimum d'humains qui utiliseront et recycleront les ressources de la nature à un rythme plus lent, qui permettra à ces ressources de se reconstituer – si nous trouvons en somme le juste équilibre avec la planète qui nous fait vivre ? Maintenir un tel niveau idéal impliquerait de ne jamais plus croître pour le dépasser.
Cet objectif est-il réaliste ? Pourrons-nous un jour avoir la prospérité sans la croissance ?
- La science économique traditionnelle prêche la croissance perpétuelle, qui implique non seulement l'invention permanente de nouveaux produits mais aussi la recherche constante de nouveaux consommateurs. C'est une des raisons pour lesquelles la plupart des économistes sont traditionnellement favorables à l'augmentation des populations. L'autre raison, c'est que plus il y a de gens, plus il y a de réserve de main-d'œuvre, plus il y a de travailleurs pour occuper les emplois disponibles et moins cher ils peuvent être payés.
Malheureusement, sur une planète dont les ressources sont par définition limitées, une économie fondée sur la croissance sans fin n'est pas plus perpétuelle qu'une chaîne de lettres ou une pyramide de Ponzi, deux arnaques qui nécessitent toujours davantage de participants ... jusqu'à ce que l'édifice tout entier s'effondre.
- Certains Japonais ont recours à une forme extrême de contraception : [ils n'ont] pas de relations sexuelles. Ce n'est pas aussi dramatique qu'il y paraît ...
- L'appauvrissement des sols et des océans, bien réel et inéluctable, se manifeste pour l'essentiel [à l'égard] d'une frange croissante du bas de la société humaine : des gens affamés, qui sont aujourd'hui, au début du XXIe siècle, plus nombreux que ne l'était l'ensemble des humains vivant sur terre avant que l'industrialisation n'accélère la multiplication de nos populations ...
- Nous ignorons si la fin de l'humanité est proche. Nous savons qu'elle pourrait survenir ... Mais ce ne sera pas la fin de la Terre même si c'est notre fin à nous. La nature poursuivra son chemin après nous.

* Flammarion - Déc 2013

Pyramide sociale et pyramides antiques

L'article qui suit est inspiré du blog : http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com



Faire de la pyramide une représentation schématique de la société, avec ses niveaux de plus en plus peuplés depuis son sommet vers sa base ; ses différences et superpositions entraînant autant de ces suprématies et infériorités – naturelles ou non – qui font si peur ; ses relations de dépendance et d’autorité, ses inégalités de richesse matérielle, de pouvoir, de savoir, d'intelligence …, relève pour certains de la pure intuition, quand ce n’est pas de l’invention, voire de la fantaisie. L’idée en est par eux purement et simplement rejetée, oubliant que sans ces sources de toute créativité que sont la curiosité, l’intuition et l’imagination nos connaissance seraient bien peu de chose. Et d’ailleurs, ceux qui contestent une telle représentation lui préférant, le rhomboïde ; qu’ils le nomment toupie, diabolo ou sablier – faits de cônes opposés par des bases ou des sommets non sans analogie avec celle et celui de la pyramide ; ou encore le cercle, la sphère, ainsi que les polyèdres les plus divers, omettent tout bonnement que ces figures et volumes se ramènent toutes, pour l’usage qu’ils en font, à la pyramide ou au triangle. En effet, au degré de précision près et abstraction faite des indices et autres paramètres qui en justifient plus ou moins le tarabiscotage, toutes ces représentations s’accordent au moins sur la distribution de populations ou de valeurs, selon une segmentation allant du plus rare, positionné en un sommet ou un centre, au plus nombreux, occupant une base, un pourtour, une face ou un segment de celui-ci.

L’économie d’un polémique peut donc être faite et la pyramide antique ainsi que son ésotérisme évoqués, au risque d’accroître le risque de rejet de la représentation pyramidale de la société, a fortiori dans sa relation avec la démographie. N’est-ce pas en effet ajouter l'occulte à l'extravagance, spécialement selon ceux qui ont pour habitude d’esquiver la remise en cause de leur propre vision de ce rapport, pour autant qu'ils l'admettent et s'en soucient ? En tout état de cause, est-il possible de faire sérieusement référence à la pyramide – quelle que soit la représentation à laquelle elle prétende – sans évoquer la part de mystère attachée à cette construction depuis la découverte et l'exploration des premières d'entre elles ? Voici en tout cas implicitement posées quelques questions subsidiaires.

Alors que l'esprit de leurs constructeurs n'était pas encore influencé par le progrès ni asphyxié par des savoirs tellement abondants et diversifiés que nul n'est plus en mesure d'en faire la synthèse ; quand nous en sommes réduits à constater qu'en dépit de tant de connaissances accumulées nous n'en savons pas davantage qu'eux à propos du jeu de la vie dont nous avons la vanité de nous croire les pions ; pourquoi se sont-ils aussi universellement attachés à ce volume plutôt qu'à un autre ? Au-delà de la simple continuation d'une pratique architecturale remontant à la préhistoire, telle que pouvant résulter de la simple édification d'une amas de terre et de pierres, ou de la construction d'une hutte de branchages revêtus de peaux ou de feuillages, quelles considérations ont-elles pu guider leur choix parmi les autres formes possibles dont témoignent tant de monuments ? Pour quelles raisons les témoignages de ce choix nous sont-ils parvenus aussi nombreux et d'endroits si divers ? Quelle relation immatérielle pourrait exister entre la vision qu'ont pu avoir de la pyramide nos lointains ancêtres, et une humanité dont la condition et l'organisation, demeurées inchangées pour l'essentiel depuis la nuit des temps, s'y inscrivent avec autant d'évidence ?

Autant de questions ne pouvant qu'encourager un supplément de réflexion prenant en compte quelques données appartenant tout simplement à l'histoire des hommes. Si les enseignements pouvant en être tirés paraissaient vains, qui niera les attraits du mystère? Et puis, quels sont les moyens restant à l'ignorant pour exercer sa curiosité, sinon cette imagination qu’il lui arrive de se voir reprochée ? Doit-il se priver de l’employer ; de s'y laisser aller ne serait-ce qu'un instant ; ou est-il condamné à subir la toute puissance de la science et de ses démonstrations, ou pour le moins celle de certains de ses représentants à qui il arrive aussi de se tromper ?

C'est en tout cas se référer à un fait connu que de rappeler qu'en de nombreux endroits du monde existent des tertres et des cairns plus ou moins érodés, vestiges de constructions résultant de l'empilement de terre et de pierres et dont l'intérieur est parfois aménagé. En France, et plus précisément en Bretagne, le grand tumulus de Carnac et une trentaine d'autres datant de 4500 ans environ avant notre ère indiquent que parmi les premières constructions monumentales à avoir été édifiées par Homo sapiens, figurent celles faites de ces empilements rudimentaires. Si certains y voient l'origine de toutes constructions de forme pyramidale, ils devrait savoir que des pyramides – qui ne sont pas seulement égyptiennes – sont antérieures aux tumulus les plus anciens que nous connaissons. Il paraît donc peu probable que la pyramide soit simplement une sorte de perfectionnement de ces amas coniques de matériaux et la question reste entière. Qu'elle ait été ou non d'abord naturellement conique, à la manière de n'importe quel tas de terre ou de cailloux, pourquoi la pyramide ? Sont-ce les limites des moyens techniques dont ils disposaient qui ont amené les constructeurs des premières d'entre elles à adopter une forme si caractéristique ? La tentation est grande d'opter pour cette hypothèse, mais les édificateurs des grandes pyramides, notamment d’Égypte, se sont montrés capables d'autres prouesses architecturales. Les spécialistes nous diraient peut-être s'il existe d'autres raisons, mais il est suffisant ici de retenir que la pyramide est apparue sous toutes les latitudes aux époques les plus reculées.

Leur notoriété renvoie d'abord aux égyptiennes, qui sont incontestablement les plus célèbres. Parmi celles dont l'existence est prouvée, bien que certaines n'aient pas encore été explorées, plusieurs dizaines ont été et sont toujours étudiées, alors qu'une centaine, restant à tirer de l’oubli, a été localisée entre les sources et le delta du Nil, aux confins de ces régions réputées être le berceau de l'humanité. Mais de nombreuses constructions pyramidales sont présentes ailleurs dans le monde. En Amérique centrale comme en Amérique du sud, du Mexique au Pérou, elles ont été découvertes avec le continent et les civilisations qui le peuplèrent avant son investissement par les Européens. D'autres encore ont été recensées : en Afrique, au Soudan ; en Europe, comme à Visoko en Bosnie. En Chine, il en existe de plus nombreuses, plus monumentales, plus riches et plus anciennes encore que celles d'Égypte, qui témoignent de la puissance et du raffinement de ceux qui les édifièrent. Aucun des continents où ont vécu les civilisations ayant participé de près ou de loin à l'avènement de l'actuelle société des hommes n'a échappé à ce qui constitue un véritable phénomène. Et de nos jours, l'architecture continue d'attester de son intérêt pour ce volume. Pourquoi cette forme pyramidale plutôt qu'une autre et que peuvent signifier une telle ancienneté, une telle universalité, un tel attachement ?

L'économie, nom pudiquement jeté comme un voile sur un ensemble de pratiques par ceux qu'elles enrichissent et qui ne fut le commerce qu’après avoir été le troc, a de tous temps ouvert les chemins d'une exploration qu'ont empruntés, autant pour la soutenir que pour en profiter, les soldats et les porteurs de la bonne parole, laïque comme religieuse. Les sciences humaines balbutiantes, qui participaient ainsi à la démarche, ont vite été débordées par un appétit matérialiste soutenu par les sciences dites exactes et cette révolution industrielle dont nous connaissons aujourd'hui le flamboiement, pour le meilleur et pour le pire. Cet appétit pouvant être précisément la cause d'un déficit d'humanisme, la perte définitive des repères élémentaires dont ont usés nos ancêtres ne peut-elle pas lui être imputée ? Il est en tout cas permis de s’interroger sur le fait que la sociologie, la démographie, l'économie, la politique …, mises ici en relation avec la pyramide sociale en tant qu’héritières de cet humanisme exercé à une époque où l'homme était un individu encore respecté par le nombre, s’exercent encore au nom de cet humanisme. La pyramide, qui symbolise l’organisation dont traitent ces disciplines – parfois sans paraître s’en rendre compte – ne fut-elle pas considérée comme telle en d’autres temps, au point qu'à travers elle et l'usage qu'en a si abondamment fait en tant d'endroits une lointaine antiquité, nous ait été délivré un message oublié depuis ou que nous serions devenus incapables de déchiffrer et de comprendre ? C'est l'un des objets des mathématiques, et de la géométrie en particulier, que de fractionner, disséquer, analyser, mettre en équations figures et volumes ; que de raisonner à leur sujet et en tirer des lois permettant d'avancer vers la compréhension en tout. Bien avant que les hommes aient connu les plus élémentaires de ces lois, et pour les découvrir, ils ont donc nécessairement vécu livrés à leurs seules facultés d'observation et à leur intuition, lesquelles les ont conduits à l'astronomie, à la géométrie, à la philosophie, etc. À quel moment de ce long parcours, et à quel titre, la pyramide a-t-elle retenu leur attention ? Et qui a été le premier à s'en préoccuper ?

Quoi qu'il en soit, livrée à la rigueur scientifique comme aux supputations les plus hasardeuses, la pyramide semble avoir été de tous temps l'objet d'une considération particulière. Est-ce seulement parce qu'elle a été l’une des premières constructions monumentales de l'homme ? Ceci suffit-il à expliquer cela ?

A supposer qu'un empilement de terre et de pierres ait pu être l'élémentaire façon de construire de tous les hommes, plutôt que d'imaginer que des civilisations aussi éloignées les unes des autres dans le temps que dans l'espace aient pu échanger leurs savoirs de bâtisseurs, est-il interdit de penser que ces derniers aient pu accorder à la pyramide, sans se connaître et encore moins se consulter, une signification qui a ensuite évolué, jusqu'à revêtir ces rôles allant du sépulcral au sacré que nous lui connaissons ? Son ésotérisme ne peut qu'en être avivé et donner lieu à l'échafaudage de théories les plus invraisemblables, mais la simple réflexion peut aussi conduire à une hypothèse plus pragmatique.
Sans ôter quoi que ce soit à son caractère universel et outre sa fonction de tombeau réservé aux grands, la pyramide ne peut-elle pas être considérée sans le mystère, voire la magie que lui prêtent certains ? La coïncidence entre sa forme même et des aspects fondamentaux de l'organisation dans bien des domaines, à commencer par ceux où règne une hiérarchie, naturelle ou non, ne suffit-elle pas à éveiller l'attention ? Est-il contestable que l'organisation humaine puisse être ramenée à la structure pyramidale, avec son apex et sa base ? Constat d'une simplicité qui décevra un grand nombre d'amateurs de mystère mais qui justement, par une évidence que la superstition et notre vanité ont pu nous faire négliger pendant que le temps y ajoutait la banalisation et l’oubli, pourrait avoir conduit d'anciennes civilisations disposant d'un sens de l'observation intact, à attribuer à la pyramide une signification en accord avec cette coïncidence de portée universelle, liée à notre condition d'êtres organisés depuis toujours  en sociétés pyramidales – parce que la nature le veut ainsi et que la nature humaine y ajoute – qu'il s'agisse de la famille, du clan, de la tribu, de la nation ou de quelqu'autre structure que ce soit, dès lors que s'y exercent un pouvoir et des relations de dépendance.

Hormis son caractère sacré, qui semble au demeurant ne pas avoir été le seul lui ayant été conféré, ni honoré de la même façon par les divers peuples en ayant édifié, la pyramide pourrait alors être simplement la représentation de ce concept fondamental, reconnu comme tel par des peuples n'ayant vécu ni aux mêmes endroits ni aux mêmes époques et n'ayant pu échanger d'informations, sauf hypothèse improbable d'une transmission par des voies et des moyens qu'il nous resterait à découvrir.

Si des civilisations précolombiennes ont usé de la pyramide comme outil de représentation de la société telle qu'elles la percevaient, il a pu en être de même à d'autres époques, en d'autres lieux et à des degrés divers, de la part d'autres peuples. La simple observation et le raisonnement des uns et des autres ont pu, de manière parfaitement plausible, les conduire à considérer que bien des phénomènes, à commencer par leur propre organisation, pouvaient être rapportés à la pyramide. Celle-ci aurait ainsi été, à des siècles de distance et au-delà des océans comme des montagnes, le symbole universel et universellement partagé de la condition humaine, par le seul effet d'une évidence qui aurait fini par nous échapper depuis. Entre temps, ce sens aurait pu lentement évoluer en conservant un caractère sacré, lié à cette idée de Vérité associée aux croyances successives de l'homme, depuis les divinités spécialisées, hiérarchisées et vivant chacune au sommet de leur propre structure (pyramidale elle aussi) jusqu'au monothéisme s'attaquant à une angoisse universelle, qu’il ne restait plus à ses prophètes qu’à codifier pour tenter de la rendre plus supportable.

La pyramide ne lève pas l'angoisse existentielle de l'homme, elle ne fait au contraire que l'accentuer, en représentant avec un réalisme implacable l'univers structuré et clos dont il est prisonnier, privé des promesses explicites de compensation dans l'au-delà, que sauront lui promettre les nouvelles religions. Pour aborder cet au-delà, les morts ayant le privilège de loger dans la la pyramide, après avoir siégé à son sommet de leur vivant, n'y étaient-ils pas préparés, par la momification s'opposant à la corruption de leur chair, comme en se munissant de ce qui serait nécessaire à leur subsistance dans leur dernier séjour ?
Des divinités peuvent avoir coexistées avec la pyramide et elle a pu être le lieu de cultes célébrés en leur nom ainsi que celui d'autres pratiques aussi bien religieuses que profanes, avant de devenir les témoins de secrets enfouis avec elles sous les sables. L'apparition puis l'expansion du monothéisme sont-elles pour quelque chose dans le déclin de la pyramide ? Laissons aux historiens le soin de nous renseigner, la réponse n'étant pas nécessaire ici. Mais les grandes religions, à travers le judaïsme pour ce qui est de l'occident, ne peuvent-elles pas s'interpréter comme des réactions envers une malédiction sociale dont la pyramide fut longtemps et partout la représentation dénonciatrice ? L'aggravation de l'angoisse qui pouvait en résulter pour l'homme ne pouvait aller sans susciter un besoin de reconnaissance, d'espoir et d'amour dont la Bible – refoulée par une Égypte dominée par la pyramide – portait les germes.

Des religions salvatrices, fondées sur la révélation et encouragée par une crédulité, des peurs et une superstition nées bien avant elles, n'auraient-elles pas pu ainsi se substituer à des croyances résultant d'une froide observation de la réalité, telle qu'y engage une vision pyramidale de toute organisation, y compris universelle ? L'homme, ébloui par sa foi telle que l'ont sublimée des religions somme toutes assez proches et dorénavant sur le chemin de l'unification, ainsi que des idéologies laïques visant elles aussi son bonheur, peut avoir de la sorte oublié d'anciennes croyances, issues non pas de la révélation mais de la simple observation ?

« Tu ne t'éteindras pas, tu ne finiras pas. Ton nom durera auprès des hommes. Ton nom viendra à être auprès des dieux. » Cette assurance de vie éternelle adressée à Pépi 1er (-2289/-2247) et gravée sur les parois de son appartement funéraire appartient à l'un des plus anciens recueils de textes de l'humanité. Il est probable que ces incantations, qui aidaient le souverain à renaître dans l'au-delà, furent récitées par les prêtres jusqu'à la Ve dynastie égyptienne. Cf. Wikipedia. Quelles autres incantations les prêtres récitaient-ils, sans que le rôle de tombeau fut encore nécessairement dévolu à la pyramide ? Quelle que soit la réponse à cette question, le texte gravé sur les parois de la chambre funéraire de Pépi 1er est du plus grand intérêt dans sa première phrase, laquelle peut s'adresser aussi bien à la pyramide qu'au défunt pharaon. La formule ne pourrait-elle pas être antérieure à la fonction funéraire de l'édifice ? D'éternel à universel il n'y qu'un pas que les anciens ont pu franchir, concernant le caractère de la pyramide, en partant des observations auxquelles ils avaient pu se livrer, expliquant leur choix architectural. Il n'est pas impossible qu'ils en aient tiré une conclusion. Une vision pyramidale applicable à toute organisation hiérarchisée, comme l'a toujours été par nature celle de toutes les espèces, a fort bien pu conduire les premiers penseurs à voir avec réalisme l'humanité condamnée à subir son sort sans espoir de rémission. Voici en tout cas, ce qui précède de peu et même coïncide avec l'avènement et le succès des grandes religions modernes, promettant a contrario, à tous, la vie éternelle, et la compensation de leurs peines, telles qu'endurées de leur vivant à l'intérieur d'une abominable pyramide sociale dont il n'est plus question.

Les clercs de l'époque ont-ils entendu et compris ce message au point de nous laisser par leurs pyramides, un avertissement que nous n'aurions pas perçu ou oublié ? Ou encore, que nous aurions dénaturé par nos peurs et un progrès matériel déshumanisant ?

Par les temps qui courent ; à une époque où les idéologies tendent à tout submerger et à priver l’individu de ce qui lui reste de sa curiosité et de son libre arbitre, est-il encore temps de se poser la question ? L’efficacité de la lutte contre la pauvreté par une réduction des inégalités sociales – dans la mesure du possible – est pourtant à ce prix. Lutter efficacement contre qui ou quoi que ce soit, nécessite d’abord de le connaître.

COMPTE À REBOURS (Alan Weisman - Flammarion Déc 2013) - À lire ABSOLUMENT.

Il est d'autant plus malaisé de tirer de ce tour du monde des misères de l'humanité et de celles qu'elle inflige à son environnement, autre chose que nostalgie et résignation, que les meilleures intentions pour y remédier sont souvent antagonistes. À défaut d'admettre « Qu'il n'y a pas un seul problème sur la Terre qui ne serait moins grave si nous étions moins nombreux. », « Chacun en effet a le souvenir d'un monde qui était meilleur. Moins peuplé. Plus agréable. Où l'on se sentait plus libre. »

Face au foisonnement de nos maux, reste à espérer que ce livre, par les « questions simples et de bon sens » qu'il pose en préambule :
- « Combien d'êtres humains notre planète peut-elle contenir ... ? »
- « Existe-t-il un moyen pacifique et moralement acceptable de convaincre les humains de toutes les cultures, religions, nationalités, tribus du monde, qu'il est de leur intérêt de faire moins d'enfants ? »
- « ... quelles espèces et quels processus écologiques sont essentiels à notre survie ? »
- « ... comment concevoir ... une économie capable de prospérer sans dépendre d'une croissance infinie ? »,
soit suffisamment lu pour accélérer la prise de conscience de ce qu'est la réalité de notre prolifération ainsi que la nature et l'urgence des mesures à mettre en œuvre pour l'enrayer et stabiliser la population mondiale à un niveau acceptable.

C'est aussi un hommage mérité à de nombreuses ONG, ainsi qu'aux communautés universitaires et scientifiques, qui ne doit pas faire oublier que ces dernières ne sont pas toutes d'accord, tant sur les bilans que sur les mesures à prendre telles qu'elles en découlent. Il n'en demeure pas moins que leurs travaux contrastent avec l'inertie des religions ainsi qu'avec l'absence de réactivité, – voire l'opposition – des politiques, faisant de ceux-ci comme de celles-là les vrais responsables de la situation dans laquelle s'est enfoncée l'humanité au cours des derniers siècles, par leur incapacité à accompagner le progrès.

Quoi qu'il en soit, si contrairement à ce que peuvent faire croire leur crédulité et leurs superstitions, leur condition n'est pas la première préoccupation des hommes, il est grand temps qu'ils réalisent que « La foi stupide ne peut que déplaire à Dieu. » (Jules Renard)

Tout les moyens respectueux de la morale étant bons pour parvenir à la dénatalité, ne faut-il pas craindre toutefois que le foisonnement des faits et leur relation dans un style journalistique atteignant les limites de la vulgarisation, puissent porter atteinte à l'efficacité de "COMPTE À REBOURS" ? À chacun de ceux qui partagent les préoccupations de Alan Weisman de faire en sorte qu'il n'en soit rien.

mardi 21 janvier 2014

Plaidoyer pour la dénatalité

Cet article a fait l'objet d'une publication sur le blog
sous le titre :


Humanisme contre matérialisme, pour vivre mieux moins nombreux.


« Il n’y a richesse, ni force que d’hommes ».
Lorsque Jean Bodin résumait ainsi sa pensée, nourrie des valeurs humanistes de la renaissance, se doutait-il que son aphorisme, non seulement connaîtrait la postérité, mais ...